A méditer

Publié le par Christophe Gobbé

J'ai relu cet été le célèbre ouvrage de Eiji Yoshikawa La pierre et le sabre et ne peut m'empêcher de vous offrir un premier extrait à méditer pour la rentrée (un autre suivra dans quelques jours).

"Dans les années 1550 et 1560, les plus célèbres maîtres du sabre, à l'est du Japon, étaient Tsukahara Bokuden et le seigneur Kôizumi d'Ise, lesquels avaient comme rivaux, au centre de Honshu, Yoshioka Kempô, de Kyoto, et Yagyù Muneyoshi, de Yamato. En outre, il y avait le seigneur Kitabatake Tomonori, de Kuwana, maître des arts mar­tiaux et gouverneur éminent. Longtemps après sa mort, les habitants de Kuwana parlaient de lui avec affection car il symbolisait à leurs yeux le sage gouvernement et la pros­périté.
Alors que Kitabatake étudiait auprès de Bokuden, ce dernier lui transmit son Escrime suprême : la plus secrète de ses méthodes secrètes. Le fils de Bokuden, Tsukahara Hikoshirô, hérita le nom et les biens de son père, mais non point son trésor secret. Voilà pourquoi le style de Bokuden se répandit non pas dans l'Est, où Hikoshiro exerçait ses activités, mais dans la région de Kuwana, gouvernée par Kitabatake.
La légende veut qu'après la mort de Bokuden, Hikoshirô soit venu à Kuwana tâcher d'obtenir par la ruse, de Kitabatake, qu'il lui révélât la méthode secrète. « Mon père, passe-t-il pour avoir prétendu, me l'a enseignée il y a long­temps, et l'on me dit qu'il a fait de même avec vous. Mais, depuis quelque temps, je me demande s'il nous a enseigné en réalité la même chose. Étant donné que nous nous inté­ressons tous deux aux secrets ultimes de la Voie, je crois que nous devrions comparer ce que nous avons appris, n'est-ce pas ? »
Kitabatake se rendit compte aussitôt des mauvaises intentions de l'héritier de Bokuden ; pourtant, il accepta vite de faire une démonstration ; mais Hikoshirô n'eut alors connaissance que de la forme extérieure de l'Escrime suprême, et non de son plus profond secret. Résultat : Kitabatake resta l'unique maître du style Bokuden, et pour l'apprendre les élèves devaient se rendre à Kuwana. Dans l'Est, Hikoshiro transmit comme authentique ce qui n'était que l'apparence du talent de son père : sa forme sans son cœur."

Publié dans Culture et histoire

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